Si les géants de la tech s’intéressent aux data centers en orbite, ce n’est pas par goût de la science-fiction, mais pour une raison centrale : l’économie du calcul est en train de devenir insoutenable sur Terre. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, le coût de chaque requête, de chaque entraînement de modèle, dépend désormais presque entièrement de l’énergie.
Aujourd’hui, l’électricité est le premier poste de dépense d’un data center hyperscale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données représentent déjà près de 2 % de la consommation électrique mondiale, et cette part pourrait doubler d’ici 2030 sous l’effet de l’IA générative. Pour des acteurs comme Google, Microsoft ou Amazon, cette dépendance énergétique est devenue un risque stratégique majeur.
L’espace offre un avantage économique décisif : le solaire quasi continu. En orbite héliosynchrone ou géostationnaire, des panneaux solaires peuvent produire de l’électricité presque 24 heures sur 24, sans nuit, sans météo, sans intermittence. Une fois l’infrastructure lancée et amortie, le coût marginal de l’énergie tend vers zéro. C’est un changement radical de modèle : sur Terre, le cloud reste soumis aux marchés de l’électricité, aux taxes, aux tensions géopolitiques et aux réseaux saturés.
Autre poste de coût crucial : le refroidissement. Sur Terre, jusqu’à 30 à 40 % de l’énergie d’un data center est consacrée à évacuer la chaleur, via climatisation, circuits d’eau et équipements lourds. Dans le vide spatial, la chaleur peut être dissipée par rayonnement thermique, sans eau ni systèmes complexes. Moins d’infrastructures signifie moins de maintenance, moins de pannes et, à terme, un coût total de possession plus faible.
À cela s’ajoutent les contraintes économiques terrestres. Construire un data center implique du foncier cher, des délais administratifs longs, des oppositions locales et une pression environnementale croissante. En orbite, ces contraintes disparaissent. L’investissement initial est élevé, mais l’échelle est potentiellement illimitée, surtout avec la baisse des coûts de lancement promise par les nouveaux lanceurs réutilisables.
C’est sur cette logique que misent des acteurs émergents comme Axiom Space ou Starcloud, qui parlent déjà de “compute orbital” vendu comme un service, ciblant d’abord les calculs les plus énergivores et les moins sensibles à la latence.
En résumé, les data centers en orbite ne sont pas destinés à remplacer ceux au sol à court terme. Économiquement, ils constituent une assurance stratégique contre la flambée des prix de l’énergie et la saturation des infrastructures terrestres. Pour les géants de la tech, l’espace devient une variable clé dans l’équation du coût futur du calcul.
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