Si peu de Français investissent sur la bourse chinoise, ce n’est ni par ignorance pure, ni par désintérêt total, mais pour une série de raisons très concrètes, à la fois financières, politiques et culturelles.
La première tient à la complexité d’accès. La bourse chinoise n’est pas un bloc unique. Elle est fragmentée entre la Shanghai Stock Exchange, la Shenzhen Stock Exchange, Hong Kong, et différents types d’actions (A-shares, B-shares, H-shares). Pour un investisseur français habitué à acheter un ETF sur le CAC 40 en deux clics, cet empilement est dissuasif. L’accès direct aux actions chinoises reste souvent indirect, via des ETF ou des produits structurés, ce qui donne le sentiment d’un marché lointain et opaque.
Deuxième frein majeur : le risque politique. En Chine, l’État n’est jamais très loin des marchés. Les autorités peuvent intervenir brutalement, suspendre des cotations, changer des règles comptables ou imposer des restrictions sectorielles du jour au lendemain. L’exemple des grandes entreprises technologiques, comme Alibaba, dont la valorisation a été lourdement affectée par des décisions politiques, a marqué les esprits. Pour beaucoup d’investisseurs français, cette imprévisibilité est incompatible avec une gestion patrimoniale prudente.
Troisième raison : la confiance limitée dans l’information financière. Les normes comptables, la transparence des entreprises et l’indépendance des audits sont perçues comme moins robustes qu’en Europe ou aux États-Unis. Même lorsque ces critiques sont parfois exagérées, la perception compte autant que la réalité. Investir, c’est avant tout faire confiance. Or cette confiance est fragile lorsqu’il est difficile de vérifier la qualité des données.
Quatrième élément : le risque de change. Investir en Chine expose au yuan, une monnaie qui n’est pas totalement libre et dont l’évolution dépend fortement des choix des autorités. Pour un investisseur français, cela ajoute une couche d’incertitude supplémentaire, souvent mal comprise, et rarement compensée par des rendements jugés suffisamment attractifs.
Enfin, il y a un facteur culturel et psychologique. Les Français investissent déjà peu en bourse de manière générale, privilégiant l’immobilier, l’assurance-vie ou les livrets réglementés. Dans ce contexte, la Chine apparaît comme un pari lointain, complexe et anxiogène. Même si son poids économique est immense, elle reste, dans l’imaginaire collectif, un marché « à part », réservé aux professionnels ou aux investisseurs très avertis.
Résultat : la bourse chinoise intrigue, fascine parfois, mais elle rassure peu. Et en matière d’investissement, l’absence de sérénité suffit souvent à détourner les capitaux.
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