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Sénégal: «La loi de finances est indispensable» pour «relancer l’économie», dit Ahmadou Al Aminou Lô
26.10.2026Le Sénégal risque un nouveau blocage autour du texte de la loi de finances rectificative. Ce texte doit être présenté en pénière pour adoption mardi 27 octobre, mais les députés Pastef, ultra-majoritaires à l’Assemblée nationale, ont rejeté le projet de loi en commission vendredi 23 octobre, faisant craindre un blocage. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô défend ses choix budgétaires dans un contexte économique contraint et appelle à s’entretenir avec les députés du Pastef dans une ultime tentative de trouver une entente. Ahmadou al Aminou Lo est notre grand invité, au micro de Lea-Lisa Westerhoff.
RFI : Le Sénégal semble avoir atteint un point de blocage majeur avec ce refus des députés Pastef de voter la loi de finances rectificative (LFR). Comment l'expliquez-vous ?
Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô : Il n'y a pas, à mon avis, un point de blocage majeur. C'est simplement que le dialogue n'a pas pu se faire dans les formes et dans la profondeur nécessaire, et mon appel est que ce dialogue reprenne dès demain.
L'actuel président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, est-il allé trop loin en assurant que le Pastef ne voterait pas cette loi de finances rectificative ? Vous avez parlé de faire obstruction. Est-ce le cas ?
C'est ça la politique. On peut faire beaucoup de surenchères, mais à la fin de la journée, j'ai toujours aimé dans ce pays le fait que l'intérêt supérieur de la Nation va commander, que les uns et les autres se ressaisissent. Le Sénégal a démontré sa résilience dans des cas beaucoup plus graves, notamment pendant la crise politique 2021-2024, qui a fini par un dialogue entre des opposants et des adversaires coriaces. Ici, nous ne sommes pas dans l'adversité. C'est le même parti qui, à un moment donné, a connu des contraintes qui ont fait que le président de la République s'est séparé de ce Premier ministre qui allait jouer à l'Assemblée nationale un rôle qui est très, très important : contrôler l'action publique. Donc, aujourd'hui, oui, il est dans son rôle, mais c'est peut-être de la surenchère, un blocage temporaire, dû certainement à des incompréhensions. Mais je reste convaincu que si chacun est ouvert de son côté, nous trouverons une solution pour que cette loi de finances rectificative puisse enfin être votée.
Mais concrètement, que comptez-vous faire pour sortir du blocage actuel ? Dans votre entourage, certains évoquent la possibilité d'engager la responsabilité du gouvernement pour faire passer cette loi de finances rectificative sans vote. Est-ce que c'est une option aujourd'hui ?
S'il n'y a pas volonté d'obstruction, il n'y a pas de raison d'engager la responsabilité du gouvernement. Et je reste convaincu, très, très convaincu que nous nous entendrons. Maintenant, si on ne s'entend pas, la Constitution sénégalaise donne des prérogatives dont nous allons user sans pour autant que soit forcément engagée la responsabilité du gouvernement.
Quelles sont ces prérogatives concrètement ?
Il y a la possibilité d'aller jusqu'à introduire des amendements et de faire en sorte que ces amendements introduits par le gouvernement puissent être acceptés ou, à défaut, que cela puisse passer au vote bloqué. Donc, il n'y aura pas de blocage de ce pays, il n'y aura pas de shutdown. Mais cette LFR est indispensable puisqu'il doit nous permettre de relancer l'économie, de permettre aux entrepreneurs de retrouver le paiement de leurs arriérés. Mais surtout, et le plus important, c'est de faire en sorte qu’il réponde à la nécessité de traduire le choc énergétique qu’on a eu avec la guerre Iran - États-Unis - Israël qui nous a donné une hausse des coûts de 550 milliards [de francs CFA, 838 millions d’euros, NDLR], que nous n'avons pas voulu répercuter aux consommateurs. Il me semble qu'il y a, à nouveau, une absence de compréhension de ce que nous voulons faire. Pourtant, je reste disponible, et comme je l'ai dit, pour qu'on s'entende sur l'essentiel, puisque bloquer un budget a des conséquences qui vont au-delà du seul Sénégal.
Justement, parmi les conséquences, s'il ne devait pas y avoir d'accord sur cette loi de finances rectificative, est-ce à dire qu'il n'y aurait pas de prêt du FMI ? Quelles seraient les conséquences pour le Sénégal ?
Nous continuons les échanges avec le FMI, je suis sûr, qui suit de très très près cette situation, le calendrier de nos rencontres reste maintenu. Nos créanciers, également, je les rassure sur le fait que nous maintenons ce calendrier parce que nous restons convaincus que la raison prévaudra en définitive, et que ce projet de loi de finances rectificative sera en définitive voté par l'Assemblée nationale, nous l'espérons, mardi [27 octobre 2026, NDLR]. Mais si ce n'est pas mardi, ce sera dans les jours qui suivent.
Ce bras de fer, ces tensions récurrentes entre l'exécutif et le législatif auquel on assiste au Sénégal depuis quelques mois, se déroulent à quelques jours des premiers Jeux olympiques de la jeunesse qui doivent se tenir en Afrique. Est-ce que ce n'est pas regrettable pour l'image du Sénégal ?
Oui. Lorsque vous recevez le monde, vous devez quand même présenter, dans ce pays, un visage qui soit un visage d'unité. La paix, plus fort, plus haut : c'est quelque chose que nous voulons réserver à notre jeunesse. Il ne faut pas qu'on gâte cette fête pour la jeunesse parce que l'Assemblée nationale n'arrive pas à comprendre, ou ne veut pas comprendre, ce que nous avons mis sur la table et sur lequel nous allons encore nous donner les moyens de dialoguer, puisque c'est également la volonté de Son Excellence le président de la République Bassirou Diomaye Faye que ce pays puisse reprendre son bon chemin.
Sur le front social, la grève générale à laquelle le Sénégal a assisté la semaine dernière n'est-elle pas le signe d'un échec de votre gouvernement à répondre aux demandes sociales des Sénégalais ?
En fait, c'est juste un signal d'un Sénégal qui souffre. Quand vous êtes une petite économie ouverte, sensible à tous les chocs – et ce monde est connu pour des chocs, on peut dire maintenant semestrielles – ne pas avoir des finances publiques qui sont sur les bons rails, cela amène, disons, à ce que certains engagements qui avaient été pris ne puissent pas être respectés parce que, fondamentalement, vous n'avez pas les moyens de les respecter. Et, quand les gens sont dans une situation où la vie chère les encercle, comme en France, par exemple, vous voyez, ce front social se réveiller facilement. Nous devons continuer à dialoguer et c'est ce que j'ai fait en les recevant la semaine dernière. Nous allons aller de l'avant sur ce que nous pouvons à nouveau satisfaire, mais à condition que cette loi de finances rectificative puisse être votée.
Mais les Sénégalais, que leur proposez-vous concrètement ? À ceux qui justement trouvent les fins de mois difficiles se plaignent de l'augmentation des prix du carburant, que leur dites-vous ?
Je dis aux Sénégalais que l'espoir est là. Ce à quoi nous nous attendons à partir – on va dire de la mi-novembre, et parce que le Fonds monétaire international programmera le dossier du Sénégal, si les éléments résiduels sont fournis – c’est que cela va débloquer d’une autre façon. Non pas l'ampleur des fonds que le Fonds monétaire va nous donner, mais c'est surtout cette attente que beaucoup d'investisseurs étrangers avaient, beaucoup d'investisseurs privés nationaux qui n'arrivaient pas à recouvrer leurs créances. Ce que je dis aux Sénégalais, c'est qu’un Sénégal nouveau est devant nous, mais vraiment devant nous, pour un futur extrêmement proche, dès le mois de novembre, à condition que nous puissions, nous sachions nous surpasser dans ce moment critique décisionnel sur la LFR. Nous allons avoir à la fois un appui du Fonds monétaire international, un appui budgétaire de la Banque mondiale et d'autres bailleurs qui sont vers nous, et cela va nous permettre de déclencher une dynamique qui permettra de faire une fin d'année qui sera très prometteuse, une année 2027 qui sera lumineuse.
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23.10.2026En RDC, voilà 10 jours que l'ex-président Joseph Kabila a annoncé qu'il prenait la tête de la rébellion armée dans l'est du pays et l'opposition non armée n'a toujours pas réagi. Lundi prochain, les cinq dirigeants de la coalition C64 doivent se réunir à Rome, en Italie, pour adopter une position commune. Mais dès vendredi 23 octobre matin, l'un de ces leaders s'exprime : Matata Ponyo Mapon a été le Premier ministre de Joseph Kabila pendant près de 5 ans. Aujourd'hui, à la suite d'une condamnation à 10 ans de prison en RDC, il vit en exil et vient de publier Le prix de la loyauté, chez Télémaque. En ligne de Londres, il répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Matata Ponyo Mapon, bonjour, qu'est-ce que vous pensez de la décision de Joseph Kabila de prendre la tête de la rébellion armée dans l'est de votre pays ?
Bon, pour le moment, je ne saurais pas vous donner un avis personnel parce que, comme vous le savez, mon parti fait partie de la Coalition 64 et donc nous nous sommes entendus de donner un point de vue commun.
Mais voilà quand même plus de dix jours maintenant que Joseph Kabila a annoncé qu'il devenait chef rebelle. Et votre coalition C 64 ne s'est toujours pas exprimée. Pourquoi ce long silence ? Est-ce que vous êtes embarrassé par cette annonce de l'ancien président ?
Nous ne sommes nullement embarrassés. Sauf que je pense que, quand on est en groupe, il faut toujours respecter les règles de base et de cohésions. Et vous le savez très bien, nous allons nous réunir à partir du début de la semaine prochaine à Rome, en Italie, pour pouvoir nous rencontrer physiquement. Nous tous les cinq principaux leaders de la coalition C 64 pour examiner un ensemble de questions. Dans tous les cas, vous le savez très bien, la position de la C64 est celle de défendre le respect de la Constitution, et je pense que nous devons plutôt nous poser des questions sur la qualité de la gouvernance politique. Le déboire chaotique des dernières élections de 2023. La RDC est classée parmi les pays où l'état de droit est le moins avancé au monde. Moi-même, comme vous le savez, j'ai été victime d'une justice à triple vitesse et je pense que le problème de fond aujourd'hui, au lieu de se prononcer sur la décision de tel ou tel autre, est que nous devons plutôt nous prononcer sur les fondamentaux de la gouvernance du pays.
Au mois de mai de cette année, vous avez créé avec vos quatre partenaires politiques cette coalition, C 64, pour défendre l'ordre constitutionnel, comme vous dites, et les règles démocratiques. Est-ce que cette initiative de Joseph Kabila n'est pas contradictoire avec votre démarche du mois de mai dernier ?
Je pense qu'il faut faire une analyse globale sur le respect de la Constitution. Ça, comme vous l'avez souligné, c'est la colonne vertébrale, c'est la substance, c'est l'objet principal de la coalition C 64. Et ce mouvement est né du fait principalement de la volonté du gouvernement actuel et du président Tshisekedi de changer la Constitution. Il vaut mieux regarder la décision du président Joseph Kabila Kabange, l'ancien président de la République en RDC, par rapport à la Constitution. Mais je pense qu'il faut aussi regarder dans le fond qu'est ce qui est à l'origine aussi de cette décision. Vous le savez très bien, le président Joseph Kabila Kabange a été condamné à mort et ceci n'était pas conforme aux fondamentaux de la Constitution.
Et est ce qu'après la décision de Joseph Kabila de prendre la tête d'une lutte armée, vous pouvez encore demander qu'il participe au dialogue national que vous réclamez depuis plusieurs mois ?
Écoutez, moi, je vous dirai que la décision de la C 64, jusque-là, à moins qu'elle soit amendée, est celle d'un dialogue global, inclusif, qui intégrerait tout le monde, c'est le point de vue aussi du médiateur que nous avons choisi, l'Église catholique et l'Église protestante. Mais c'est aussi le point de vue de plusieurs présidents africains. Si vous avez suivi le point de vue du président Lurenço, président de l'Angola, je pense que, si on veut résoudre les problèmes de fond qui existent dans notre pays et qui sont à la base des problèmes militaires, des problèmes de paix et de sécurité, mais il faut que tout le monde soit autour de la table.
Matata Ponyo Mapon, vous avez donc créé ce parti Leadership et gouvernance pour le développement, LGD. Mais il vient d'être interdit de toute activité politique par le ministère congolais de l'Intérieur. Cette décision du 15 octobre, elle frappe aussi douze autres partis politiques, dont le PPRD de Joseph Kabila. Comment vous réagissez ?
Nous désapprouvons cette décision. Nous avons écrit formellement au ministre de la Justice et donc nous espérons que sa décision, qui est politique et qui n'est pas juridique, sera revue pour permettre de créer un climat propice à la détente politique. On ne peut pas chercher une chose et son contraire. Quand on veut un dialogue pour apaiser la situation, on ne peut pas au même moment prendre des décisions qui énervent la situation.
Et aujourd'hui, est ce que vous vous résignez à vivre en exil pendant des années ?
Mais tant que le gouvernement actuel n'aura pas créé un état de droit, écoutez, nous allons pour des raisons de sécurité… Parce que si j'étais resté au pays, certainement que je ne serais plus en vie aujourd'hui. Et je pense que je dois préserver ma vie pour permettre un jour d'apporter la contribution dont le pays a besoin pour sa prospérité et pour celle des millions et des millions de Congolais.
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22.10.2026Le Nigeria est sous le choc après l'annonce d'un premier cas Ebola en provenance d'Ouganda. Le docteur Jean Kaseya informe jeudi 22 octobre que cette patiente n'est jamais passée au préalable par la RDC, ce qui veut dire que, contrairement au discours officiel de Kampala, le virus circule en Ouganda. Cette patiente n'a été diagnostiquée Ebola que 16 jours après son arrivée au Nigeria, poursuit le médecin, ce qui signifie qu'il y a aujourd'hui beaucoup de cas contacts. Jean Kaseya est le directeur général d'Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, et répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Un premier cas Ebola au Nigeria, est-ce très inquiétant ?
Dr. Jean Kaseya : ça montre que l'épidémie est sérieuse. Nous nous attendons effectivement à de nombreux cas contacts. Je parle très régulièrement avec le ministre de la Santé du Nigeria, le professeur Muhammad Ali Pate, qui fait un excellent travail. Effectivement, cette patiente est rentrée à Abuja le 3 octobre. Elle a eu des symptômes à partir du 6. Elle a été dans un premier centre privé, dans un deuxième et puis après elle a été hospitalisée le 11 octobre pour qu'elle soit diagnostiquée le 19 octobre. Donc, effectivement, nous nous attendons à ce qu'il y ait beaucoup de cas contacts.
Avant d'arriver à Abuja, elle est passée par Entebbe en Ouganda en provenance de RDC, c'est ça ?
Non, elle n’est jamais allée en RDC. Elle est partie avec son mari deux semaines en voyage à Kampala et elle n'a jamais quitté Kampala. Et puis, elle a voyagé de Kampala à Abuja via Addis-Abeba. Et donc, quand elle est arrivée à Abuja, elle a dit qu'elle n'avait pas de symptômes. Et les symptômes ont commencé deux jours après. Je rappelle que la fenêtre pour avoir Ebola part de 0 à 21 jours. Donc vous pouvez être contaminé aujourd'hui, vous pouvez développer la maladie dans trois jours, dans six jours, jusque durant le 20ᵉ jour.
Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que disent les autorités de l'Ouganda, il y a des cas d'Ebola dans leur pays ?
C'est une conversation que nous allons avoir avec les autorités ougandaises pour savoir où exactement la dame était, qui ont été les personnes qui ont été en contact avec la dame. J'appelle aussi à une grande réunion de tous les ministres africains le 28 octobre, pour que nous puissions discuter de ces activités transfrontalières et surtout savoir qu'aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance non seulement à la frontière, mais aussi dans les structures privées et publiques.
À ce jour, combien de cas Ebola sont enregistrés et combien de décès Ebola sont recensés ?
À ce jour, nous en sommes à plus ou moins 9 600 cas en prenant les neuf cas du Kenya. Et j'ai dit à peu près, puisque la situation évolue au quotidien et on a autour de 4 600 décès.
Est-ce que le pic est dépassé ou pas ?
Pour le moment. Premièrement, avec l'extension géographique, vous savez qu'en RDC on a maintenant huit provinces tuchées. Deuxièmement, avec l'extension géographique au niveau africain. Troisièmement, avec le nombre de nouveaux cas qui reste autour de 65 à 70 par jour et surtout avec cette circulation, et il y a beaucoup de cas venant de la communauté, nous disons que l'épidémie est encore sérieuse et elle n'est pas encore sous contrôle.
Le Kenya enregistre neuf cas dont un décès. Est-ce que la Coupe d'Afrique des nations de football, qui est prévue au mois de juin prochain dans ce pays et ses deux voisins, l'Ouganda et la Tanzanie, est compromise ?
Non, non, non. Je vais donner un message très clair. La Coupe d'Afrique n'est pas compromise jusque-là puisque le Kenya effectue un travail merveilleux. Vous allez voir que tous les neuf cas qu’on a répertoriés au Kenya viennent de la liste de cas contacts et l'Ouganda a une liste de contacts très élargie actuellement autour de 140 personnes dans la liste des contacts. Et l'Ouganda a fait un travail merveilleux.
Nous devons faire le ratissage. Vous savez, l'épidémie, elle est toujours sérieuse en RDC et vous avez vu le cas de la personne qui est passée par l'Ouganda pour aller au Kenya. Donc, je pense que, actuellement, dans ces deux pays, un travail important est en train de se faire.
Et donc, moi, je n'ai pas beaucoup d'inquiétudes par rapport à la Coupe d'Afrique. Je vais en parler avec Patrice Motsepe [le président de la Confédération africaine de football, NDLR]. Nous allons avoir une réunion pour discuter de tout cela, mais je pense que l'avis que je vais lui donner sur le plan scientifique, c'est que, jusque-là, il n'y a pas d'inquiétude par rapport à la Coupe d'Afrique.
Il y a une semaine, lors de votre dernier passage à Kinshasa, vous avez dit que sur les 962 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale, quelque 700 millions de dollars restaient inconnus aux yeux des autorités de RDC et que c'était inacceptable. Pour certains, en disant qu'il y avait un flou dans la gestion de l'argent contre Ebola, vous avez sous-entendu que cet argent avait été détourné…
On ne peut pas sous-entendre ce que moi-même j'ai dit très clairement. J'ai dit qu'il y avait un flou dans le sens que le gouvernement n'avait pas connaissance de ces ressources. Je n'ai jamais dit que l'argent était détourné. Je n'ai jamais dit que l'argent a été mal utilisé. Donc, pour nous, tout ce que nous voulons, c'est que la souveraineté africaine que nous sommes en train de promouvoir tous les jours passe par le fait que le gouvernement doit connaître tout ce qui arrive sur son sol.
Donc, pas de suspicion ?
Pas de suspicion de notre part, c'est la recherche de l'information. Nous sommes en train de faire un partenariat basé sur le respect et la transparence. Les gouvernements africains veulent travailler avec tout le monde. Africa CDC travaille avec tout le monde, mais nous voulons des partenaires qui puissent venir et travailler en toute transparence avec nous.
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21.10.2026Il y a dix ans, le Cameroun était endeuillé par le plus grand accident ferroviaire de son histoire : 79 morts à Eseka, sur la ligne Yaoundé-Douala. Et des corps qui n'ont jamais été retrouvés. Une tragédie générée par des négligences criminelles. Où en est le procès des responsables ? Maître Michel Janvier Voukeng, l'un des avocats des victimes et de leurs familles, répond aux questions de RFI depuis Douala.
RFI : Est-ce qu'on sait aujourd'hui pourquoi cette catastrophe est arrivée ?
Maître Michel Janvier Voukeng : On le sait depuis la commission d'enquête qui avait été mise en place par le Premier ministre et qui avait conclu à la responsabilité, à titre principal, de Camrail. Il y a un certain nombre de défauts, tant techniques que managériaux, qui ont été reprochés à l'exploitant. Ces manquements-là sont relatifs à la surcharge et à la rallonge du train. Parce que, en temps normal, ce train-là prenait neuf voitures et, ce jour-là, la locomotive tractait 17 voitures avec des organes de freinage défaillants, des semelles de freins usées et la locomotive elle-même avait le frein rhéostatique hors service. Le chauffeur, le conducteur du train, a émis des réserves mais a été contraint de prendre le contrôle de la locomotive de Camrail.
Alors malgré tout ce que vous dites, c'est le conducteur du train qui a été condamné à la peine la plus lourde. Cinq ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués, car il est en fuite], qu'est-ce que vous en pensez ?
Je dis que ce n'est pas la bonne personne qui a été condamnée, c'est-à-dire qu'on est dans un système où les gens l'ont jeté en pâture, alors que le seul qui ait paru raisonnable, c'est plutôt ce conducteur-là, c'est le seul qui a paru raisonnable.
Alors l'autre personne condamnée à de la prison ferme, c'est le chef de la sécurité de la société Camrail à Yaoundé. Il a été condamné à trois ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués non plus, car il est aussi en fuite]. Que pensez-vous de cette peine ?
C'est toujours très gênant lorsqu'on voit les responsables intermédiaires boire la tasse en lieu et place des premiers dirigeants. Pour nous de la défense, ces individus-là, c'est du menu fretin offert pour calmer le dossier ou pour le clôturer. Le directeur de la sécurité dans leur organigramme, il n'a pas un droit de veto [sur le départ d’un train].
À l'issue de ce procès de septembre 2018, le directeur général de la société Camrail de l'époque, le Belge Didier Vandenbon, a été condamné à six mois avec sursis et, parmi les onze personnes reconnues coupables d'homicide involontaire et condamnées, c'est la personne qui avait à l'époque le grade le plus élevé. Est-ce que vous pensez que d'autres responsables, à un niveau encore plus élevé, auraient dû comparaître, eux aussi, devant la justice camerounaise ?
Quand l'accident survient et qu'on arrête les sous-fifres qui sont à côté, on ne parle pas des gens qui sont haut placés et qui ont regardé. Cela se fait pour nous. Cette décision de justice laisse de côté un certain nombre de responsables. C'est ce que je dis.
Est-ce que vous pensez, par exemple, au fils de Vincent Bolloré, Cyrille Bolloré, qui était à l'époque le président de Bolloré Transport & Logistics, dont la société Camrail était une filiale ?
Pas forcément lui, je dis sa responsabilité est en concours avec ceux qui l'ont admis comme concessionnaire du service public du chemin de fer au Cameroun et l'ont laissé faire sans le contrôler. Ce n'est pas Bolloré lui seul. Parce que si les autorités chargées des questions de transport avaient un tant soit peu été regardantes, on aurait pu prendre des mesures coercitives à l'avance sur l'état du réseau et l'état des wagons.
Est-ce que vous pensez à Edgar Alain Mébé Ngo'o, qui était à l'époque ministre des Transports et qui pourrait avoir été de ceux qui ont demandé à la société Camrail d'ajouter huit wagons lors de ce tragique voyage du 21 octobre 2016 ?
La concession du service public à un exploitant privé était l'œuvre dans ce cas-là du ministère des Transports, qui a laissé le chemin de fer au groupe Bolloré. Il y a un cahier des charges et ils n'ont pas veillé à ce que ce cahier des charges-là soit respecté. C'est pour cela que je ne suis pas de ceux qui pensent que la responsabilité de Bolloré est exclusive.
Vous, en tant qu'avocat des parties civiles, vous représentez plus de 300 victimes. Est-ce que celles-ci ont été indemnisées à la hauteur du préjudice qu'elles ont subi ?
Rarement les victimes ont été correctement indemnisées. Très très rarement. Dix ans après l'accident, il y a certaines victimes qui n'ont jamais rencontré un psychologue. Est-ce qu'on peut sortir indemne de ce genre d'accident et vivre une vie normale sans jamais avoir un jour consulté un psy ? La responsabilité de fournir ces soins-là était de Camrail, qui ne l'a jamais fait. Résultat des courses, dix ans après, on voit des gens qui sont réputés avoir été indemnisés mais qui traînent des séquelles, qui sont obligés de soigner ça avec leurs propres moyens. Et Camrail s'est toujours efforcé d'essayer d'obtenir des arrangements hors procédure, de façon à ce que la victime n'ait plus la capacité juridique de venir au procès, puisqu'elle aurait renoncé en amont.
Alors en première instance, la justice a été diligente puisque le procès a eu lieu moins de deux ans après la catastrophe. Mais depuis septembre 2018, il ne se passe plus rien et aucune date n'est encore fixée pour le procès en appel. Pensez-vous qu'en haut lieu on voudrait étouffer l'affaire ?
Je ne peux pas dire ainsi, parce que si le haut lieu, c'est le ministère des Transports, celui qui a été mêlé à cette catastrophe-là, il n'est plus ministre des Transports. Et entre-temps, Bolloré est parti et c'est le groupe AGL [filiale du groupe italo-suisse MSC] qui est à la manœuvre. Moi je pense plutôt que c'est une lenteur judiciaire, mais je ne peux pas vous dire qu'il y a un coup de frein au niveau politique dessus.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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