La guerre au Proche-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont bouleversé le marché mondial du pétrole. Les États-Unis en profitent pleinement à court terme, portés par une explosion de la demande et des prix. Mais derrière cette opportunité, un plafond de verre apparaît déjà : les limites de leurs capacités de transport.
Habituellement, près d’un baril de pétrole sur cinq transite par le détroit d'Ormuz. Mais aujourd’hui, les flux dans ce passage maritime très stratégique sont fortement réduits, dans un contexte où le baril évolue autour des 100 dollars. Voilà l’une des conséquences directes de la guerre au Proche-Orient et du blocage de la région, d’abord par les Iraniens puis par les Américains. Résultat : les producteurs américains n’ont jamais été aussi sollicités. Grâce à leur production massive de pétrole de schiste, ils se retrouvent en position de fournisseur de secours pour de nombreux pays, notamment en Asie.
Dans un contexte de fortes tensions, de nombreux États cherchent désormais à sécuriser leurs approvisionnements en dehors du Moyen-Orient. Une situation dont tente de profiter Donald Trump. Le président américain cherche à capitaliser sur les effets du blocus du détroit d’Ormuz en incitant les pays touchés à se tourner vers le pétrole américain. Et la stratégie semble porter ses fruits. Les exportations américaines s’envolent, avec des volumes qui atteignent des niveaux record ces derniers jours.
Les États-Unis, nouvelle « station-service du monde »
Avec plusieurs millions de barils exportés chaque jour, les États-Unis s’imposent progressivement comme un acteur incontournable du marché mondial. Pour le dire simplement, ils sont en train de devenir, en quelque sorte, la « station-service du monde ». Pour les producteurs américains, c’est une véritable aubaine. Les prix élevés, déterminés à l’échelle mondiale, leur garantissent des marges confortables.
Conséquence directe : les compagnies pétrolières relancent leurs investissements, augmentent leurs budgets et lancent de nouveaux projets de forage. Mais cette dynamique cache une première limite structurelle : la nature du pétrole américain. Majoritairement léger, il nécessite parfois davantage de traitement pour être raffiné, ce qui entraîne une légère décote par rapport à d’autres types de brut. En temps normal, cette décote reste gérable. Mais dans le contexte actuel, elle devient plus problématique.
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Un plafond logistique qui freine les ambitions américaines
Car un autre facteur vient compliquer la donne : l’explosion des coûts de transport. Le problème est simple. Il faut désormais additionner deux éléments. D’un côté, un pétrole parfois vendu un peu moins cher. De l’autre, des frais logistiques qui s’envolent. Résultat : la rentabilité de certaines exportations commence à être sous pression. Et c’est là qu’apparaît un véritable plafond de verre. Produire plus de pétrole, les États-Unis savent faire. Mais l’acheminer à l’échelle mondiale est beaucoup plus complexe.
Le principal obstacle se situe en mer. Pour exporter massivement, il faut des superpétroliers. Or, ils ne sont pas assez nombreux pour absorber le choc actuel de la demande. Les prix du fret explosent, ce qui peut ralentir, voire annuler certaines transactions faute de rentabilité. À cela s’ajoute un autre problème très concret : les infrastructures portuaires. Tous les ports américains ne sont pas capables d’accueillir ces navires de très grande taille. Autrement dit, même si le pétrole est disponible, il peut rester bloqué faute de solution logistique efficace.
À plus long terme, d’autres limites apparaissent également sur le territoire américain. Les pipelines n’ont pas une capacité infinie, pas plus que les terminaux portuaires. Dans ce contexte, les États-Unis, malgré leur rôle central sur le marché mondial, ne pourront pas remplacer totalement le pétrole du Moyen-Orient — contrairement à l’objectif affiché par Donald Trump.